Chronique : Fangirl, Rainbow Rowell

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Titre : Fangirl

Auteur : Rainbow Rowell

Date de publication : 13/02/2014 (USA : 10/09/2013)

Edition : Milady (USA : St. Martin’s Press)

Genres : Romance contemporaine, fiction réaliste

“Happily ever after, or even just together ever after, is not cheesy,” Wren said. “It’s the noblest, like, the most courageous thing two people can shoot for.”

Il y a des livres où dès la lecture du résumé, vous savez que l’ouvrage que vous avez entre les mains est fait pour vous. Ajoutez à cela le fait que l’auteur est un de vos préférés et c’est le jackpot ! Fangirl de Rainbow Rowell fait partie de ces livres pour moi.

Fangirl est l’histoire d’une jeune fille de dix neuf ans, Cather (surnommée Cath), qui entre à l’université et pour la première fois se trouve séparée de son père et de sa sœur jumelle, Wren, cette-dernière ayant décidé de s’installer dans l’un des autres dortoirs du campus pour être plus indépendante. Cath, très timide et renfermée, peine alors à s’intégrer dans ce nouvel environnement. Elle a du mal à se lier avec l’étudiante qui partage sa chambre, elle se raccroche le plus possible à sa sœur très sociable et fêtarde. Sa classe d’écriture créative est la seule chose qui lui fait supporter l’université. Elle se réfugie ainsi dans son hobby : l’écriture de fanfictions sur sa série préférée Simon Snow. Fangirl est un livre qui raconte comment Cath va s’épanouir après avoir appris à surmonter ses peurs et à aller de l’avant.

L’intrigue de Fangirl est sans réelle surprise : pas de retournements de situation, ni de péripéties. C’est au contraire un récit qui fait son chemin à un rythme posé aidé par un style fluide, efficace et qui sait être poétique quand il le faut. Ce qui compte c’est l’introspection. C’est ce qui fait la force de ce roman selon moi et qui le fait se distinguer de beaucoup de romances pour jeunes adultes dites réalistes dans lesquelles on se retrouve face à des situations très improbables ou des prétextes servant à faire avancer l’action vers le dénouement final (accidents de voitures et autres) avec des personnages stéréotypés et qui manquent de profondeur. Fangirl n’a pas besoin de cela pour captiver le lecteur, tout avance naturellement vers une résolution des différents problèmes exposés dans le livre sans pour autant que celui-ci se révèle sans intérêt et sans événements marquants. Le style participe grandement à cela, Rainbow Rowell montre encore une fois un travail d’une grande maîtrise que la traduction a heureusement conservé malgré la répétition très irritante de l’expression « qui plus est ». Le texte original reste effectivement beaucoup plus beau et je vous le recommande vivement si vous êtes assez à l’aise en anglais. Maîtrise dans l’écriture donc mais aussi maîtrise dans la structure du roman : c’est un récit à la troisième personne organisé en chapitres eux-mêmes précédés d’un extrait d’article, de fanfiction, ou du livre imaginaire Simon Snow qui viennent ajouter une pointe de magie et de fantasy à ce roman et qui font que le lecteur ne découvre pas une mais des histoires.

“Sometimes writing is running downhill, your fingers jerking behind you on the keyboard the way your legs do when they can’t quite keep up with gravity.”

Rainbow Rowell traite en effet, entres autres, d’un thème tout à fait original et pourtant bien connu des jeunes utilisateurs d’internet, puisqu’il s’agit des fanfictions. Pour ceux dont le terme ne dit absolument rien, le terme de fanfiction désigne comme son nom l’indique des fictions écrites par les fans. Il s’agit en fait de récits qui s’appuient sur l’univers d’une série, d’un livre ou n’importe quel autre support et qui sont postés sur internet à travers des plateformes comme Fanfiction.net. En effet, en plus de raconter le parcours de Cather, de traiter de problèmes familiaux (la mère des jumelles a quitté la maison quand elles étaient jeunes et leur père s’est réfugié dans son travail), de parler des conséquences que cela peut avoir de grandir sans réelle supervision parentale, d’aborder les relations amoureuses (Levi est la première relation sérieuse de Cath), la vie à la fac ou le passage à l’âge adulte, ce qui est le plus intéressant dans ce roman et le thème de la fanfiction mis en rapport au problème de la créativité. En effet, qu’est-ce que la fanfiction ? C’est tout d’abord un moyen de demeurer plus longtemps dans un univers qui nous fascine, nous passionne. C’est ce que souligne très bien Rainbow Rowell dans ce roman. Cath, souhaite vivre indéfiniment dans l’univers de Simon Snow qu’elle connait depuis son enfance et dont elle a du mal à se détacher, surtout compte tenu de la date de sortie imminente de l’ultime tome de la série. En fait, écrire et lire des fanfictions c’est essayer d’aller contre le proverbe « toute les bonnes choses ont une fin » finalement. C’est ce que n’importe quelle personne née dans les années 80 ou 90 a vécu à travers le phénomène Harry Potter (on remarque en effet le clin d’œil à la saga Harry Potter dans Simon Snow, saga créée par Rainbow Rowell pour les besoins de l’intrigue).

“But I don’t want to write my own fiction,’ Cath said, as emphatically as she could. ‘I don’t want to write my own characters or my own worlds — I don’t care about them. . . . I’d rather pour myself into a world I love and understand than try to make something up out of nothing.”

Mais alors à qui appartient réellement la fanfiction sachant que leurs auteurs empruntent des personnages et un univers qui ne sont pas les leurs ? Peut-on parler de plagiat ? C’est ce que pense la professeure de Cath et pourtant la jeune étudiante admet que les personnages sur lesquels elle écrit ne sont pas les siens et à aucun moment elle ne prétend que l’œuvre lui appartient entièrement. Cependant, pour devenir écrivain, Cath doit apprendre à se détacher des fanfictions. Il y a donc une véritable réflexion sur ce qu’est le travail de l’écrivain et tout cela inséré dans une exploration du quotidien et des problèmes de l’héroïne.

Je n’ai pas l’habitude de parler d’identification aux personnages (non je ne m’identifie par à Katniss contrairement à ce qu’on dit souvent dans les médias pour expliquer le succès d’Hunger Games. Je n’ai jamais eu à tuer quelqu’un pour survivre et je n’ai jamais été le symbole d’une rébellion !), cependant, je peux affirmer qu’il est facile de s’identifier aux personnages de Fangirl. Ils ont en effet des problèmes proches des nôtres et des personnalités variées parmi lesquelles le lecteur se retrouvera : Cath, timide, renfermé qu’on qualifierait de book nerd, Wren, fêtarde et extravertie dont la situation va déraper, Reagan la colocataire rebelle et indépendante, Levi, l’étudiant sympathique et attentionné, Nick l’apprenti auteur ambitieux et bien d’autres. Et même si vous ne vous retrouvez pas dans les personnages, vous avez parfois envie de leur faire un gros câlin pour les consoler compte tenu de ce qu’ils subissent (sauf Nick, on ne l’aime absolument pas celui-là !!!). Bref, tous les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont aboutis, ils ont l’air vrais et en même temps entrent juste ce qu’il faut dans les stéréotypes du genre afin de mieux les cerner. Leurs interactions donnent de vraies scènes d’émotion mêlées à des scènes du quotidien et des scènes d’humour qui font que le roman ne tombe jamais dans le mélodrame niais. Le livre est en effet un parfait mélange entre l’introspection et le dialogue, parfois amusant, parfois émouvant.

Reagan was sitting at Cath’s desk when Cath woke up.
“Are you awake?”

“Have you been watching me sleep?”
“Yes, Bella. Are you awake?”

Je pourrais surement toujours trouver de nouvelles choses à dire sur ce livre (n’hésitez pas à commenter pour qu’on puisse en parler ensemble). Mais, il faut bien conclure cette chronique et je dirai donc simplement que Fangirl est un roman original, touchant et extrêmement bien écris sur une jeune fille qui doit apprendre à grandir et s’épanouir.

Ma note : ★★★★★

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4 thoughts on “Chronique : Fangirl, Rainbow Rowell

  1. Lecture qui m’avait bien tenté à une époque, mais je n’ai finalement pas franchis le pas. Là pourtant tu me déclenches des envies. Entre le rythme posé et les personnages aboutis, je frétille ^^

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